Microsoft Clarity ajoute un indicateur qui répond à une question que beaucoup d’entreprises se posent : les robots d’IA qui aspirent votre site vous renvoient-ils des visiteurs en échange ? Le nouveau ratio « AI Scrape-to-Referral » compare, pour chaque plateforme d’IA, le volume de contenu récupéré par ses robots et le nombre de visites qu’elle envoie vers votre site.
Annoncée mi-août dans le rapport Bot Analytics du tableau de bord de visibilité IA de Clarity, cette mesure transforme un débat souvent idéologique (faut-il bloquer les robots d’IA ?) en décision chiffrée, site par site.
Je vous explique comment fonctionne ce rapport, comment l’interpréter sans tomber dans les pièges, et comment je l’utilise pour arbitrer l’accès des robots d’IA chez mes clients.
Qu’est-ce que le ratio AI Scrape-to-Referral de Microsoft Clarity ?
Le ratio AI Scrape-to-Referral rapporte l’activité de collecte d’un robot d’IA sur votre site au nombre de visites que la plateforme correspondante vous envoie. Plus le ratio est élevé, plus la plateforme prend de contenu pour peu de visites rendues.
Dans l’exemple publié par Microsoft, une plateforme d’IA a envoyé 41 visites, pour un ratio d’environ 6 000 récupérations de pages par visite. Ce chiffre est une illustration, pas une moyenne de marché, mais il donne une idée de l’ordre de grandeur possible.
Ce que contient le rapport Bot Analytics
Selon Microsoft, le rapport s’enrichit de plusieurs éléments :
- une carte affichant le ratio global entre collecte et visites référées ;
- un classement par opérateur d’IA, pour repérer ceux qui envoient du trafic et ceux qui collectent beaucoup pour peu de retour ;
- des garde-fous de couverture : le ratio n’est calculé que sur les domaines correctement associés entre les données de robots et les données de trafic ;
- des explications quand ces deux sources ne couvrent pas les mêmes domaines ;
- un lien direct vers les enregistrements de sessions, filtrés sur la source IA choisie, pour observer le comportement réel des visiteurs.
Comment fonctionne la mesure de l’activité des robots d’IA ?
Clarity combine deux sources : l’activité des robots, remontée par la connexion de votre CDN ou de votre hébergement, et le trafic humain mesuré par son script sur vos pages. Le premier point compte beaucoup : un script JavaScript ne voit pas les robots qui récupèrent le HTML sans exécuter le code. Il faut donc relier une source côté serveur pour que la partie « collecte » soit mesurée.
C’est là que la notion de domaines associés intervient. Si votre CDN couvre le site principal et un sous-domaine de blog, mais que Clarity n’est installé que sur le site principal, le ratio serait faussé. Microsoft a donc prévu de ne calculer le ratio que sur les domaines présents dans les deux sources.
Comment accéder au rapport
- Ouvrez le tableau de bord de visibilité IA de Clarity, puis la section Bot Analytics.
- Consultez la carte du ratio AI Scrape-to-Referral, globale puis par opérateur.
- Vérifiez les informations de couverture pour vous assurer que vos domaines sont bien associés.
- Cliquez sur une source pour ouvrir les enregistrements de sessions correspondants.
- Observez la qualité des visites : défilement, engagement, achats, inscriptions, formulaires envoyés.
Comment interpréter ce ratio sans se tromper ?
Un ratio élevé ne signifie pas automatiquement qu’il faut bloquer un robot : il faut savoir à quoi sert ce robot et ce que la plateforme apporte au-delà des clics. C’est le point que j’explique systématiquement, en tant que consultant GEO, avant toute décision.
Distinguer les robots d’entraînement et les robots de recherche
Les grands acteurs de l’IA utilisent plusieurs robots aux rôles différents. Chez OpenAI, par exemple, GPTBot sert à collecter des données pour l’entraînement des modèles, OAI-SearchBot alimente la recherche de ChatGPT, et ChatGPT-User intervient quand un utilisateur demande à ChatGPT de consulter une page. Anthropic et Perplexity ont des distinctions comparables. Chez Google, le jeton Google-Extended permet de refuser l’utilisation de vos contenus pour l’entraînement de Gemini, sans effet sur la recherche classique.
Un robot d’entraînement aura structurellement un ratio très élevé : il ne renvoie pas de visites, ce n’est pas son rôle. Un robot de recherche, lui, doit être jugé sur les visites et les citations qu’il génère.
Les visites ne sont qu’une partie de la valeur
Une plateforme d’IA peut citer votre marque, recommander vos produits ou vos services sans que l’internaute clique. Il peut ensuite revenir par une recherche de marque, un accès direct ou un appel. Ces effets n’apparaissent pas dans le ratio. Dans les secteurs B2B ou les services locaux, c’est même souvent l’essentiel de la valeur.
Quelques exemples de lecture
- Ratio élevé, peu de visites, mais visites très engagées : la plateforme envoie peu, mais un trafic de grande qualité. À conserver et à surveiller.
- Ratio élevé, visites rares et rebond immédiat : le retour direct est faible. La question du blocage peut se poser, surtout pour un robot d’entraînement.
- Ratio modéré, visites en hausse : la plateforme devient un canal d’acquisition. Il faut travailler sa présence dans ses réponses, ce qui relève de l’optimisation pour les moteurs IA.
Faut-il bloquer les robots d’IA qui ne renvoient pas de trafic ?
Ma réponse est non pour la plupart des entreprises, avec des nuances selon le modèle économique. Pour un site e-commerce, une marque ou une entreprise de services, être présent dans les réponses des assistants IA est devenu un enjeu de visibilité. Bloquer les robots de recherche, c’est risquer de disparaître des recommandations.
Le cas des éditeurs de contenu financés par la publicité est différent : leur modèle repose sur les pages vues, et un assistant qui résume leurs articles sans les citer leur fait perdre des revenus. Pour eux, bloquer certains robots d’entraînement peut se justifier, en gardant ouverts les robots de recherche qui citent leurs sources.
Si vous décidez de restreindre l’accès, faites-le de façon ciblée, dans le fichier robots.txt et éventuellement au niveau du CDN, robot par robot, et pas avec la directive Content-Signal de Cloudflare, sans effet sur les robots. Je déconseille les blocages globaux de tout ce qui ressemble à de l’IA, qui coupent aussi des robots utiles. Les données Shopify publiées cette semaine sur la croissance du trafic IA en e-commerce montrent d’ailleurs que ces visites, encore faibles en volume, convertissent souvent bien.
Comment intégrer Clarity dans un suivi de visibilité IA complet ?
Clarity apporte la vision côté site, et il faut la compléter par une vision côté plateformes. Voici le dispositif que je mets en place pour mes clients :
- Clarity, connecté au CDN, pour mesurer l’activité des robots d’IA et le comportement des visiteurs qu’ils renvoient.
- GA4, avec un groupe de canaux personnalisé pour les référents IA, pour mesurer les conversions et le chiffre d’affaires.
- Search Console et son rapport de performance IA générative pour la présence dans AI Overviews et AI Mode.
- Un outil de suivi des citations dans ChatGPT, Perplexity, Gemini ou Copilot, sur un panel de questions représentatives de votre activité.
- Les recherches de marque dans Google et Bing, comme indicateur indirect de notoriété générée par l’IA.
Ce croisement est le cœur de mon audit de visibilité IA. Pour la partie mesure du trafic et des conversions, mon accompagnement en Google Analytics permet d’isoler proprement les sources IA. Et si vous diffusez aussi sur l’écosystème Microsoft, Clarity s’articule bien avec un pilotage Microsoft Advertising.
Mon avis sur ce nouveau rapport de Microsoft Clarity
C’est l’une des mesures les plus utiles sorties cette année sur le sujet. Clarity est gratuit, et il met enfin un chiffre sur un échange jusqu’ici invisible : ce que les IA prennent et ce qu’elles rendent. Microsoft prend aussi soin de limiter les erreurs de lecture avec ses garde-fous de couverture, ce qui est rare dans ce type d’outil.
Je mets toutefois en garde contre une lecture trop rapide. Le ratio mesure des clics, pas l’influence. Une IA qui recommande votre entreprise à un acheteur qui vous appelle ensuite n’apparaîtra pas dans ce chiffre. J’ai vu beaucoup de décisions marketing prises sur un indicateur unique, et rarement les bonnes. Le ratio AI Scrape-to-Referral est un excellent point de départ pour décider, à condition de le croiser avec vos conversions et votre visibilité dans les réponses des assistants. C’est l’approche que je défends pour la visibilité dans les moteurs IA.
Vous voulez savoir quels robots d’IA visitent votre site, ce qu’ils vous rapportent et s’il faut ajuster leurs accès ? Contactez-moi, on met en place la mesure et on décide sur des chiffres.
FAQ : le ratio AI Scrape-to-Referral de Microsoft Clarity
Qu’est-ce que le ratio AI Scrape-to-Referral de Microsoft Clarity ?
C’est un indicateur qui compare le volume de contenu récupéré sur votre site par les robots d’une plateforme d’IA au nombre de visites que cette plateforme vous envoie. Il est disponible dans le rapport Bot Analytics du tableau de bord de visibilité IA de Clarity.
Faut-il connecter son CDN pour utiliser ce rapport ?
Oui, pour mesurer l’activité des robots. Le script Clarity ne voit que les visiteurs qui exécutent le JavaScript ; l’activité des robots doit remonter d’une source côté serveur, comme le CDN.
Un ratio élevé signifie-t-il qu’il faut bloquer le robot ?
Pas forcément. Un robot d’entraînement a toujours un ratio élevé. Il faut tenir compte du rôle du robot, de la qualité des visites envoyées et de la visibilité de votre marque dans les réponses de l’IA.
Comment bloquer un robot d’IA précis ?
Dans le fichier robots.txt, en ciblant son nom (par exemple GPTBot pour l’entraînement d’OpenAI), et si besoin au niveau du CDN. Un blocage ciblé évite de couper les robots de recherche qui vous citent.
Le ratio mesure-t-il toute la valeur apportée par l’IA ?
Non. Il mesure les visites directes, pas les citations sans clic, les recherches de marque ou les appels générés par une recommandation. Il doit être croisé avec GA4 et un suivi des citations.
